Ils l'ont fait

La Corse en famille et sans connexion… une sérénité joyeuse !

18/09/2018

Aujourd’hui Out Of Reach vous fait découvrir une belle vision de la déconnexion, celle d’Emilie Paul-de Bueil. Parisienne de 40 ans, mère de trois enfants, et associée dans le cabinet de recrutement et gestion des talents, Paccard-Balmat, où elle intervient comme psychologue et coach, Emilie a eu un jour une envie : partir en vacances en famille presque sans écran…  Pour vivre plus intensément !

D’où t’est venu le besoin de déconnecter ?

J’ai toujours envie d’ailleurs, de soleil, de nature, de mer, de grand air pour les vacances. Mais, c’est vraiment, dans mon rôle de maman, face à la pénibilité à poser des limites, des règles pour la TV, la switch, l’ordinateur, le portable qu’on me dérobe en passant derrière moi, que l’idée de la déconnexion m’est venue.   Mes trois garçons subissaient, au fond, eux aussi, toutes les petites bagarres inutiles pour savoir qui regarde quoi à la télé, qui peut jouer à la DS et combien de temps… J’ai eu alors vraiment à cœur de leur montrer qu’on pouvait passer une semaine loin des nouvelles technologies et passer de super moments. Mais, je ne le leur ai pas présenté sous cet angle. Je leur ai juste proposé d’essayer pour une fois un voyage dans le temps, les vacances des enfants d’avant ! C’était moins moralisateur !

Digital detox en Corse en famille

J’ai eu un autre déclencheur. Quand les enfants étaient petits, nous avons eu plusieurs filles au pair, et j’avais été choquée de voir que certaines (pas toutes bien sûr) avaient en permanence leur téléphone à table. L’objectif était clair et simple : se nourrir. Et, c’est comme si elles n’étaient pas sensibles à ce type de communion, à ce partage  d’idées, d’émotions et de sensations autour des saveurs.  Je voyais qu’elles avaient pris l’habitude, de façon assez pernicieuse, de se distraire avec des écrans au lieu de se distraire avec autrui…

Et pour toi, la déconnexion, ça voulait dire quoi ? Quand on a une vie professionnelle trépidante, pas forcément facile de se déconnecter, non ?

Intellectuellement et professionnellement, je sais à quel point la déconnexion est importante et même nécessaire. Elle est un facteur de créativité extraordinaire, c’est d’ailleurs un de mes axes de travail principaux, en tant que psychologue.

Ici, il se trouve que c’est une situation personnelle, le besoin de créer un environnement sans écran pour les enfants, qui a déclenché ce projet de vacances déconnectées.

Dans la mesure où je demandais aux enfants de laisser de côté les écrans pour une semaine, il allait de soi que je devais moi aussi m’y engager !  J’ai prévenu mon associé que je partais dans une bergerie. Comme il adore la montagne, il a très vite compris que c’était des vraies vacances qui se dessinaient pour moi ! J’ai donc passé mon téléphone en mode simple téléphone, c’est-à-dire sans internet. Je dois avouer que je suis partie avec une certaine appréhension tout de même.

Et ces vacances déconnectées, à quoi ont-elles ressemblé ?

Nous avons fait une excursion de 2 jours sur le plateau du Coscione, où nous avons dormi dans une bergerie. Un copain de mon fils avait très envie de venir. On l’a emmené aussi. Et on est resté ensuite en Corse au Sud de la Baie d’Ajaccio pendant 5 jours.

Notre excursion dans cette bergerie du plateau du Coscione a vraiment été au top. Nous sommes partis avec une guide pour une marche assez sportive dans des paysages sublimes des pozzines. La guide leur a montré quelques fantaisies de la nature comme les fleurs appelés « Ail trinquètre » qui sentent l’ail, fait reconnaître quelques plantes et expliqué l’écosystème des pozzines… Ils ont vu la vie sous plusieurs formes. Et arrivés dans la bergerie, c’était vraiment la déconnexion la plus totale : 0 réseau, 0 électricité, lits très sommaires sur des lattes de bois. Ils avaient le droit de courir partout. Pas de barrière. Quand la nuit est tombée, on était là ensemble, à échanger autour d’un feu de camp sur ce qu’on avait vu et vécu, et puis plus tard, on était éclairés uniquement à la lampe frontale pour se raconter des histoires… c’était chaleureux, atypique et intense. Pendant cette excursion, on a eu pour une fois le temps de se raconter des tas d’histoires imaginaires, fantasques, décousues, effrayantes, tristes, des commérages, des contes… ! On sait déjà que ce sont des souvenirs et des émotions gravés à jamais.

Les 5 derniers jours dans la maison dans laquelle nous étions, j’avais proposé aux enfants que nous ayons une seule utilisation de l’écran. Nous n’avions qu’un lecteur DVD  pour regarder ensemble des vieux films ou des films mythiques (selon eux) et c’est tout ! Le reste du temps, les enfants étaient dehors au bord de l’eau ou dans le maquis. On a fait quelques balades pour retrouver les plantes découvertes quelques jours avant et admirer les animaux en liberté (des cochons et des vaches en Corse). Voir libre ces animaux dans leur environnement, ce n’est pas la même chose que dans des cages. Marguerite Yourcenar soulignait l’urgence de mettre les enfants des villes en contact avec les animaux pour admirer leur spécificité et comprendre qu’ils étaient nos frères (cf les entretiens video « Animaux mon amour »).

Dormir dans une bergerie en Corse_Out Of Reach

Et de ton côté, est-ce que la déconnexion a posé problème  ? Des gens qui ont cherché désespérément à te joindre ?

J’ai été contactée pour monter une offre d’accompagnement de manière urgente. J’ai donné les grandes lignes. J’ai juste questionné l’urgence. Souvent l’urgence naît parce que quelqu’un a besoin d’être rassuré. Je me suis engagée à le traiter en priorité à mon retour.  La personne s’est organisée en conséquence, sans vague.  De manière générale, je pense qu’il faut se méfier de l’ivresse du succès. Se plonger à corps perdu dans une urgence vous fera peut-être gagner une offre, mais cette offre est-elle si importante que cela ? Il ne s’agit pas d’opposer le professionnel au personnel, mais se rendre compte que certaines réussites sont finalement mineures, face à de plus grands accomplissements.

Sur le moment, en vérité, ce qui m’a aidé à maintenir ce cap, c’est le regard des enfants. J’avais pris un engagement aussi auprès d’eux. Je ne pouvais pas dire « vacances déconnectées » et me mettre à bosser dès qu’une supposée urgence surgissait.

Un bilan très positif donc ?

Complètement ! Ces vacances (presque) sans écran ont été des vacances particulièrement harmonieuses. Les enfants se sont beaucoup moins disputés, nous avons fait plus de choses, vécu plus de temps de qualité. Et puis, nous avons pu discuter de plein de sujets . D’ailleurs, très clairement, ce sont les enfants qui ne cessent de demander quand nous repartons. Loin d’être austères, ces vacances déconnectées nous ont offert une plus grande intensité de relations !

 


  

Bonus : Les recos d’Emilie pour un séjour déconnecté spécial 7e art avec des enfants !

Pendant ces vacances, nous avons regardé plusieurs « vieux » films. Le top 3 des enfants :

  1. Le sac de billes (Christian Dugay)
  2. L’as des as (Gérard Oury)
  3. Percy Jackson : La mer des Monstres (Thor Freudenthal)

Ils ont adoré ces films qui nous ont aussi permis de nourrir nos conversation (cf. leurs souvenirs !)

 


  

Mais au fait, les enfants, ils en disent quoi de ces vacances déconnectées ?

Joseph (9 ans aujourd’hui) : « Le truc cool, c’est qu’on avait moins d’excitation. J’ai adoré « Le sac de billes » (adapté du livre de Joseph Joffo, NDLR). C’est l’aventure d’un petit garçon (juif, NDLR) qui est obligé de quitter ses parents… mais pour pouvoir les retrouver. C’est fou ! »

Camille (7 ans aujourd’hui) : « Les trucs top c’était les chamallows grillés, dormir dans un sac, aller dans des grottes et faire des chats géants. C’était bien aussi parce que maman a aimé « Percy Jackson », parce qu’elle connaissait les monstres (issus de la mythologie grecque, NDLR)

Vladimir (11 ans aujourd’hui) : « On se sentait libre. Mais on était vraiment libre. On était un peu au royaume des vaches en liberté. On était libre chez les vaches, libres aussi ! »